Une prise en charge lourde et invasive

Chaque année, des nourrissons sont hospitalisés, soit en service de pédiatrie classique, soit dans un service de réanimation infantile. Le taux de mortalité en réa pour les nourrissons placés sous assistance extracorporelle est important.
Explications avec le Pr Sylvain Renolleau, chef de service de la réanimation pédiatrique de l’hôpital Trousseau.

La coqueluche se manifeste par de la toux, avec des quintes (voir notre rubrique Coqueluche). Ces quintes peuvent occasionner un manque d’oxygène, un stress respiratoire (SDRA, syndrome de détresse respiratoire aiguë), et il y a un risque d’arrêt cardiaque. Un risque suffisamment important pour justifier l’hospitalisation systématique du nourrisson en réanimation afin de pouvoir surveiller ces quintes et intervenir en cas de défaillance.

« Quand les quintes sont cyanosantes, c’est à-dire lorsqu’elles occasionnent un manque d’oxygène, il faut recourir à la ventilation mécanique » explique le Pr Sylvain Renolleau. « La coqueluche a une particularité : elle entraine une hypertension artéro-pulmonaire. Le sang passe insuffisamment dans le poumon, qui est par conséquent insuffisamment oxygéné. Parallèlement, le cœur lutte contre un obstacle impossible à surmonter et défaille. » Dans certain cas, l’organisme ne sait pas réagir à la toxine que suscite le bacille de la coqueluche, et c’est alors l’ensemble de l’organisme qui défaille : « Le mode de réaction de l’organisme détermine la gravité de la coqueluche. Elle est maligne lorsqu’elle occasionne des troubles à la fois respiratoires, cardiaques, rénaux… » Cette atteinte multiviscérale nécessite non seulement une aide respiratoire mais tout l’arsenal des techniques de réanimation. « En cas de défaillance multiviscérale, on place le nourrisson sous ventilation mécanique pour l’aide respiratoire, sous assistance de circulation sanguine extracorporelle (ECMO) pour suppléer au travail du cœur. S’il y a des défaillances rénales, nous disposons aussi de techniques pour faire le travail de l’organe. » Autant de techniques destinées à remplir les fonctions de l’organisme tant que celui-ci lutte contre la coqueluche. Les moyens thérapeutiques contre la coqueluche elle-même sont en revanche assez limités. « Nous pouvons essayer d’épurer le sang pour diminuer le taux de toxines. C’est ce que l’on appelle une plasmaphérèse. »

Il s’agit de techniques très agressives que l’organisme a du mal à supporter. C’est vrai pour les adultes et a fortiori pour les tout-petits. « Nous endormons les nourrissons pour limiter l’impact de ces techniques, pour qu’ils en gardent le moins de souvenir et bien sûr pour qu’ils souffrent le moins possible » indique le professeur, qui déplore néanmoins le manque d’études sur la douleur chez les nourrissons. « Au-delà de la maladie, qui affecte les poumons et le cœur, les techniques de réanimation ont par conséquent un retentissement sur les reins, sur le cerveau. » Elles entrainent des complications, des séquelles graves. Le taux de mortalité des nourrissons de moins de six semaines placés sous ECMO, dans le cadre d’une coqueluche, atteint les 86 %... La circulation extracorporelle ne concerne pas que les nourrissons luttant contre la coqueluche. Cette technique d’assistance est également utilisée en cas d’infections virales, d’infections pulmonaires graves ou encore de septicémie. En région parisienne, plus de 20 mises sous ECMO ont lieu chaque année pour un total de 350 jours de circulation extracorporelle. Et ce sont chaque année, quelque 400 enfants qui sont admis en réa et placés sous assistance lourde. « Ce qui est dramatique, c’est que des nourrissons soient admis en service de soins intensifs, subissent des séquelles graves ou meurent de maladies pour lesquelles il existe une solution préventive… »

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